Quelques aspects médicaux en cyclisme manuel
Tout sport comporte des risques, mais une personne handicapée qui fait du sport tire tant de bénéfices sur les plans physique et psychologique que « le jeu en vaut la chandelle »! Faire du vélo manuel, c’est affronter les risques du vélo.
Voyons d’abord les avantages forts intéressants :
- Liberté et plaisir de rouler où l’on veut.
- Joie de faire du vélo « comme les autres ».
- Musculation générale développée, donc meilleure autonomie.
- Libération au moins partielle du handicap.
- Bonheur de retrouver des sensations perdues ou de découvrir des émotions inespérées.
- Amélioration du travail abdominal, donc de celui des viscères.
- Anticipation bien plus développée dans les mouvements face aux incidents imprévus.
- Envie d’atteindre ses limites.
En contrepartie, parce que cette activité sportive en est à ses débuts, on rencontre deux types de problème :
- d’un côté, le matériel proposé présente des risques supplémentaires à ceux du vélo classique… risques qui ne sont pas seulement un défaut de jeunesse, mais qui sont inhérents au concept actuel de ces vélos manuels;
- d’un autre, certains handicaps sont susceptibles de créer des problèmes qui leur sont spécifiques, surtout si le cycliste et son entourage n’ont pas conscience de ces problèmes dès le début, ou s’ils les connaissent et n’en tiennent pas compte.
Or il y a moyen d’éviter ces problèmes à condition de les connaître et d’en accepter les contraintes grâce à un minimum de sérieux. Sans être exhaustif citons en, d’expérience, quelques uns :
- La chute avec traumatismes divers, allant des égratignures aux bras et aux épaules jusqu’à l’éclatement du foie et de la rate, en passant par des points de sutures au menton et des dents esquintées.
- Les escarres aux fesses, aux jambes.
- Les problèmes aux jambes (contractures, « fourmis », crampes) et aux pieds (luxation, fracture).
- Les douleurs passagères, voire des tendinites, au niveau des bras et des poignets.
- Les douleurs aux membres supérieurs et au rachis dues aux mauvaises positions ou aux déformations du cycliste.
- Le fait de respirer souvent les gaz d’échappement dans la circulation routière.
- Les problèmes de déshydratation chez les tétraplégiques.
- Les problèmes urinaires chez les paras et tétras.
- L’augmentation du déséquilibre musculaire entre les muscles qui jouent intégralement et ceux qui sont atrophiés ou qu’on ne commande plus.
- La production de toxines dans le corps et la difficulté à les éliminer avec des membres inférieurs inertes.
- La dépense importante de certains constituants de base du corps liés à des efforts mal contrôlés.
Après avoir cité les handicaps concernés et avoir décrit succinctement les matériels, les risques et avantages énoncés seront détaillés dans le contexte où ils sont apparus le plus souvent.
Guy Genin Juin 2002
Révision mars 2003
Quelques aspects médicaux en cyclisme manuel
Tout sport comporte des risques, mais une personne handicapée qui fait du sport tire tant de bénéfices sur les plans physique et psychologique que « le jeu en vaut la chandelle »! Faire du vélo manuel, c’est affronter les risques du vélo.
Cependant, parce que cette activité sportive en est à ses débuts, on rencontre deux types de problème :
- d’un côté, le matériel proposé présente des risques supplémentaires à ceux du vélo classique… mais ce n’est malheureusement pas un défaut de jeunesse,
- d’un autre, certains handicaps sont susceptibles de créer des problèmes qui leur sont spécifiques, surtout si le cycliste et son entourage n’ont pas conscience de ces problèmes dès le début.
Sans être exhaustif, on peut citer d’expérience :
- La chute avec traumatismes divers, allant des égratignures aux bras et aux épaules jusqu’à l’éclatement du foie et de la rate, en passant par des points de sutures au menton et des dents esquintées.
- Les escarres aux fesses, aux jambes.
- Les problèmes aux jambes (contractures, « fourmis », crampes) et aux pieds (luxation, fracture).
- Les douleurs passagères jusqu’aux tendinites au niveau des bras et des poignets.
- Les douleurs aux membres supérieurs et au rachis dues aux mauvaises positions ou aux déformations.
- Le fait de respirer souvent les gaz d’échappement dans la circulation routière.
- Les problèmes de déshydratation chez les tétraplégiques.
- Les problèmes urinaires chez les paras et tétras.
- L’augmentation du déséquilibre musculaire entre les muscles qui jouent intégralement et ceux qui sont atrophiés ou qu’on ne commande plus.
- La production de toxines dans le corps et la difficulté à les éliminer avec des membres inférieurs inertes.
- La dépense importante de certains constituants de base du corps liés à des efforts mal contrôlés.
Face à ces risques potentiels dont l’apparition dépend surtout de l’insouciance ou de la témérité du (de la) cycliste manuel(le), on trouve des avantages fort attirants :
- Musculation générale développée, donc meilleure autonomie.
- Amélioration du travail abdominal, donc de celui des viscères.
- Anticipation bien plus développée dans les mouvements face aux incidents imprévus.
- Envie d’atteindre ses limites.
- Libération au moins partielle du handicap.
- Bonheur de retrouver des sensations perdues ou de découvrir des émotions inespérées.
- Liberté et plaisir de rouler où l’on veut.
- Joie de faire du vélo « comme les autres ».
Après avoir cité les handicaps concernés et avoir décrit succinctement les matériels, les risques et avantages énoncés seront détaillés dans le contexte où ils sont apparus le plus souvent.
Quelques aspects médicaux en cyclisme manuel
Handicaps concernés
Beaucoup de personnes handicapées peuvent utiliser un vélo manuel (dit initialement « handbike »).
Très souvent conçus par et pour des paraplégiques, ces vélos ont trouvé preneur chez
- les amputés (jambes),
- les polios;
tous ont vite retrouvé ou découvert les joies de la « petite reine »; vinrent ensuite
- les tétraplégiques,
- les amputés triples (2 jambes et un bras),
- les handicapés divers (multiples, orthopédiques et neurologiques), et
- certains IMC et hémiplégiques.
A noter les essais fait avec des participants qui ne pourront pas être des cyclistes sur route. Cependant ces tentatives apportent une lumière inattendue sur l’impact du vélo manuel :
- Un tétraplégique en C4-C5 a pu, une fois les mains attachées aux poignées, parcourir avec un vélo à guidage par le corps un vaste parking plat en faisant virer son engin simplement par des mouvements de la tête.
- Une jeune fille ne pouvant se promener qu’en fauteuil électrique a pu, après quelques minutes d’essais infructueux, mener le même vélo manuel où elle voulait sur les aires d’un grand salon d’exposition (là encore les mains étaient attachées aux poignées).
Quelques aspects médicaux en cyclisme manuel
Matériels disponibles
A ce jour, quasiment tous sont des tricycles à propulsion manuelle sur la roue avant directrice.
Il existe 2 types de vélo manuel : l’un à guidage par le corps et l’autre à guidage par la potence.
Celui à guidage par la potence (une vingtaine de fabricants, photo M1) a la stabilité d’un fauteuil roulant, pendant les transferts comme sur la route. Mais, comme la conduite du vélo par la potence se fait simultanément au pédalage effectué avec les mains, il faut à l’handicapé une bonne force dans les bras et les mains ! Ce type de vélo est donc moins bien adapté aux handicaps des membres supérieurs.
Celui à guidage par le corps (2 constructeurs : Freedom, Lightning, photo M2) donne une sensation d’instabilité qui rappelle le vélo à 2 roues, car on fait virer le vélo en basculant légèrement le haut du buste (comme on dirige une bicyclette sans tenir le guidon). Ainsi, comme le corps du cycliste sert à la direction, les membres supérieurs sont totalement disponibles pour la propulsion, ce qui est un avantage pour les handicaps des bras et/ou des mains. Une fois assimilée la technique du guidage, l’atteinte des muscles dorsaux et abdominaux n’est pas un empêchement pour l’utilisation de ce vélo. Qu’elles soient handicapées ou valides, certaines personnes n’arrivent pas à se sentir à l’aise avec cette sensation de basculement.
A noter :
- Tout tricycle, quel que soit l’emplacement des roues directrices et tractrices, comporte un risque au dessus d’une vitesse de quelques km/h : celui de se renverser d’une manière plus dangereuse qu’un vélo à 2 roues (photo M3), ce dernier se couchant sur le côté (sauf choc frontal) alors que le tricycle bascule sur le côté et effectue un tonneau, avec d’abord la tête du cycliste qui heurte très durement le sol puis l’une de ses épaules qui choque le macadam ! D’où la nécessité de porter un casque, même à petite vitesse pour éviter des traumatismes qui peuvent être graves. La chute est encore plus grave si le cycliste est attaché sur le siège.
- A ce jour les vélos manuels sont très bas (photo M4), donc, sur route, il y a nécessité de signaler le vélo par un drapeau suffisamment haut pour être vu par dessus les bas-côtés ou par les voitures qui suivent le cycliste manuel. Autre inconvénient, on ne peut éviter de respirer les gaz d’échappement des voitures et surtout des poids lourds (près de 500 mètres après leur passage).
- Ne pas confondre un vélo manuel avec un handi-cycle (terme identique en français et en anglais). Celui ci est globalement un fauteuil roulant sur lequel on a accroché une roue de vélo qui est à la fois tractrice et directrice. Ici la personne est donc assise les pieds en bas et en retrait de la roue directrice. De plus on roule beaucoup moins vite (à guère plus de 15 km/h alors qu’en vélo manuel on fait de 20 à 30 km/h de moyenne).
- On trouve aussi quelques vélos très différents de conception comme le M5 hollandais sur lequel le cycliste n’est plus assis mais « couché » sur le ventre (photo M5). A part le transfert du fauteuil sur le vélo souvent plus délicat à effectuer et la gestion de la respiration plus difficile pour certaines personnes, la position du rachis, les groupes musculaires utilisés et la stabilité de l’ensemble sont des avantages intéressants.
Quelques adaptations classiques
- Pour les amputations fémorales et/ou tibiales, on dispose de coques non fermées qui permettent de maintenir les moignons; ils n’y sont pas bloqués comme un pied le serait dans une chaussure, mais ils peuvent s’en servir d’appui (photo M6).
- Pour les handicaps de main, on utilise des tissus souples (les classiques peaux de chamois pour tétraplégiques), des orthèses fabriquées à l’aide de plastiques thermoformables (voir photo M7), des poignées de forme spécifique aux malformations ou déformations.
- Pour les handicaps des membres supérieurs, certaines commandes (du groupe dérailleur) qui sont habituellement au guidon des vélos et qu’on trouve avec les vélos manuels sur la potence ou aux poignées sont déplacées au niveau des pieds ou du menton (photo M8).
Quelques aspects médicaux en cyclisme manuel
Risques existants
Dans tout ce qui suit, il faut garder à l’esprit que faire du vélo dure souvent plusieurs heures, d’abord parce que c’est un grand plaisir, ensuite parce que la sensation de fatigue n’apparaît pas toujours comme on en a l’habitude avec les autres sports. Aussi ce qui serait seulement un petit problème dans un autre sport devient il ici un problème non négligeable.
Les points relevé ci-après sont le reflet de problèmes déjà rencontrés !
- Au niveau des membres inférieurs :
1- Sur tous les vélos manuels à guidage par la potence les jambes sont attachées à la roue avant directrice ! (photo R1) Donc quand on tourne la potence pour virer, les jambes subissent une déformation plus ou moins forte selon que le cycliste fait un virage plus ou moins serré. Donc risque d’escarre par frottement, luxation des ligaments du genou, etc.. Avec les vélos à guidage par le corps, ce risque n’existe pas puisque le corps et la roue directrice forment un seul bloc qui ne tourne pas mais s’incline dans la direction à prendre (photo R2).
2- Sur les premiers vélos manuels, les pieds flottaient dans le vide; sur les actuels il est prévu un U horizontal qui doit maintenir le pied… Il faut faire attention que le pied soit assez enfoncé et maintenu (le talon doit être calé par le bout du U), sinon le pied peut pivoter vers la roue et la pointe du pied se prendre dans les rayons (photo R3), d’où extension des ligaments, voire fracture des petits os ou sinon la jambe peut sortir du U et se replier sous le siège, d’où luxation ou fractures.
3- Pour maintenir la jambe dans le repose-jambe (un U horizontal), il est prévu de une à trois lanières… ce qui fait des points d’appui avec frottements, d’où risque d’escarres surtout quand la lanière qui sert d’appui talon est mal positionnée. Un filet de maintien de la jambe, accroché entre les branches du U, serait une bonne solution au problème.
4- La position très souvent horizontale des jambes n’est pas déjà tellement recommandée. Si, en plus, la personne a des contractures ou si les jambes restent naturellement en flexum, non seulement la position horizontale est franchement mauvaise, mais encore la nécessité de serrer la jambe pour la tendre afin de permettre le passage des manivelles du pédalier entraîne d’autres ennuis : nouveaux points de frottement, risques de provoquer des crampes! (photo R4) Il faut chercher à avoir une position des jambes la plus proche de celle qui offre une sensation de confort. Il manque un maintien des cuisses dans les cas d’atteinte de paraplégie ou de tétraplégie; il faut un maintien mécanique au lieu des actuelles sangles.
5- En constatant toutes ces anomalies, on est porté à croire que l’insensibilité des jambes des paraplégiques et des tétraplégiques ont poussé les fabricants à occulter les problèmes liés au handicap, même pour des notions premières comme la spasticité. On peut dire qu’il est heureux d’avoir des polios sous la main; en effet, malgré leurs différences sur le plan orthopédique, ces handicapés rencontrent des difficultés similaires… Or ils ont, eux, gardé la sensibilité et n’hésitent pas à réagir à chaque fois qu’un problème de ce type se présente.
- Au niveau des membres supérieurs :
1- Les poignées ont des formes et des positions très différentes d’un vélo à l’autre.
L’axe de ces poignées force parfois le poignet à prendre des positions qui provoque des douleurs, même des tendinites, au poignet ou dans le bras.
La forme de ces poignées va du simple tube droit à la poignée préformée. L’une des plus pratiques est celle du Freedom, en forme d’olive (photo R5), car elle s’adapte à toutes les formes et tailles de main (aucune tendinite n’a été constatée avec elle).
On constate que les cyclistes ayant des mains atteintes (déformées ou non) sont gênés par les poignées sophistiquées. Ainsi pour des facilités de préhension avec une main dont les doigts serrent difficilement, une poignée ronde et plate, en matière molle et non lisse (photo R6) est la meilleure solution.
La poignée en U, dite en corne de buffle, ainsi que celle à laquelle sont accrochés des câbles (de frein, de dérailleur), demandent un effort supplémentaire pour la maintenir en bonne position de traction. La puissance de pédalage de l’handicapé(e) se trouve donc réduite d’autant (photo R7).
La poignée préformée, avec les creux pour les doigts, ne correspond pas souvent à la taille de la main, contrairement aux poignées thermoformées à la main du cycliste.
2- La distance entre les axes des poignées est différente selon les vélos et ne correspond pas en général à la morphologie du cycliste manuel. Dans le contexte du loisir, cette distance entre les 2 axes des poignées devrait correspondre à l’écartement des épaules. Les tendinites aux poignets et bras ont souvent pour origine la forme et l’inclinaison des poignées et manivelles.
3- Les manettes de freins et dérailleurs, placées sur la potence ou le siège, oblige le cycliste à lâcher au moins une poignée pour pouvoir manœuvrer ces manettes. Quand le vélo est à guidage par la potence, une seule main reste sur le pédalier pour diriger et souvent pédaler simultanément… un fort risque de perdre la direction surtout à bonne vitesse! (photo R8)
Par contre, ces manettes placées sur les poignées provoquent des usures mécaniques prématurées et sont d’un maniement encore plus difficile pour des mains handicapées. L’idéal à ce jour est un système de commande électronique par bouton poussoir.
Quelques aspects médicaux en cyclisme manuel
Risques existants (suite 1)
- Au niveau de l’assise
1- L’angle entre le buste et les jambes diffère d’un vélo à l’autre : au début il était de 90 degrés ou moins (buste penché en avant), ce qui pouvait, suivant l’assise, réduire la circulation du sang dans les membres inférieurs, et maintenant il y a aurait tendance à avoir un angle de plus de 100 degrés (buste en arrière, position comme en vélo couché, photo R9), ce qui met le pédalier au-dessus du cœur et demande un certain entraînement avant de pouvoir faire naturellement de grands efforts avec le pédalier (il y a un réel problème avec une côte de plus de 4%); en effet, les groupes musculaires en service sont différents de ceux qui sont utilisés dans les autres inclinaisons du buste, et la respiration comme le rythme cardiaque doivent être adaptés.
2- Dans le cas du siège de type baquet, il y a un inconvénient : l’eau de pluie ou l’humidité de la sueur est retenue sous les fesses, d’où inconfort et augmentation du danger d’escarre pour la peau au niveau des fesses surtout chez les paraplégiques et tétraplégiques. La meilleure solution est un siège constitué d’une toile bien tendue de type filet.
3- Avec des muscles dorsaux et abdominaux diminués ou nuls (paraplégiques et tétraplégiques), le buste a tendance à glisser en avant sur le siège, et l’appui se fait d’autant plus fortement au niveau des fesses, d’où risque d’escarres plus grand. La ceinture de maintien, accrochée au dossier, si elle n’est pas obligatoire pour d’autres raisons, est une solution très dangereuse en cas de renversement du vélo. Il vaut mieux prévoir un blocage avec la potence (mousse résistante entre les cuisses qui se trouvent en même temps, elles aussi, maintenues en bonne position.
4- Des déformations, en particulier de la colonne vertébrale, peuvent entraîner des mauvaises positions (fesses en biais, épaule plus basse que l’autre, buste qui bascule de droite à gauche, etc., photo R10). Il faut corriger au maximum ces anomalies avant de constater l’apparition de douleurs, surtout au niveau du rachis.
Notons ici que le cycliste manuel dont le buste bouge avec les mouvements de pédalage (photo R11) est comparable au cycliste valide qui se met en danseuse pour avoir plus de force, phénomène peu gênant s’il ne dure pas… Mais avez-vous vu un cycliste être en danseuse pendant des dizaines de kilomètres ou pendant toute une balade?
- Particularités chez les paraplégiques et les tétraplégiques
1- Chez les tétraplégiques, le suivi des efforts est bien plus délicat qu’avec les autres handicapés, la cause étant liée au phénomène de thermorégulation.
L’effort « qui donne chaud » n’est pas ressenti chez eux de la même manière que chez les autres personnes; ils doivent donc être très attentifs à gérer ce problème en anticipant le moment de boire et de se rafraîchir.
De même, le contrôle des pulsations cardiaques qui, chez le sportif, est un très bon indice des efforts fournis n’est pas utilisable ici (fréquence cardiaque bloquée à 130 environ) !
2- Dans le cas de paraplégie et tétraplégie, il faut être très vigilant sur 2 points, en particulier pendant les périodes estivales :
* après les efforts fournis, il ne faut pas laisser l’handicapé « baigner » dans sa sueur pour éviter la création d’escarre entre autres aux fesses;
* avant de partir en balade, a fortiori en randonnée cyclotouristique, l’handicapé doit gérer son transit intestinal et urinaire pour ne pas se heurter à des opérations sanitaires impromptues (sans fauteuil roulant ni matériel de rechange) ni subir des conséquences ennuyeuses comme des infections.
3- Ces deux handicaps ne sont pas incompatibles avec l’utilisation d’un vélo à guidage par le corps, contrairement à ce qu’on pourrait croire au premier abord. En effet, le guidage ne se fait pas en force, mais au contraire en finesse, l’important étant d’anticiper le basculement pour réduire le mouvement à très peu de chose (voir l’exemple du § Handicaps concernés).
Quelques aspects médicaux en cyclisme manuel
Risques existants (suite 2)
- Risques moins flagrants
Il y a d’autres risques moins évidents que ce qui précède. Ils sont malgré tout aussi graves sinon plus.
* Le danger de muscler les groupes de muscles sains ou peu atteints au détriment de ceux qui restent fortement diminués. A terme cela entraîne des positions, voire des déformations, anormales et susceptibles de déclencher des douleurs non négligeables. Ceci est d’autant plus regrettable que les mouvements du cycliste sont symétriques, réguliers et normalement harmonieux. Il faut donc faire prendre conscience à ces handicapés de la nécessité de pratiquer ce sport en gardant ces avantages… même si, pour cela, ils doivent perdre quelques km/h en vitesse !
* Les efforts prolongés en cyclisme produisent des toxines dans le corps. Or la position du bas du corps et surtout son immobilité sont à l’opposé des mouvements et positions qui aident à l’élimination de ces toxines. Il faut donc convaincre ces cyclistes manuels de la nécessité d’effectuer un certain nombre de mouvements avant et surtout après une heure ou plus de pédalage, en particulier il faut faire des échauffements progressifs et des étirements, respecter les temps de pédalage pour la récupération en fin de course, utiliser les douches ou bains ainsi que les massages.
* Malgré la courte expérience que nous avons en cyclisme manuel, nous retrouvons déjà les constats bien connus en cyclisme, d’abord sur la nécessité de boire d’une certaine manière, ensuite sur la perte des constituants de base de notre corps. Mais le pire est que tout ceci est encore plus important chez les handicapés que chez les valides car cela se rajoute au(x) handicap(s) de la personne. De plus ces pertes se produisent si discrètement que l’on découvre les problèmes au moment où il devient difficile de les contrer. C’est le propre des efforts d’endurance (en ski de fond, en cyclisme) : une fois lancé en vélo et après avoir pris un rythme de croisière, on ne ressent souvent la fatigue qu’après avoir atteint ses limites alors qu’on la ressent bien plus tôt dans le cas des sports où les efforts se font en résistance.
Là encore, il faut apprendre dès le début (!!) aux cyclistes manuels des notions peu connues comme :
- la diététique de base (par exemple les sacro-saintes pâtes ne sont pas la panacée, et les légumineuses telles lentilles et haricots blancs sont aussi indispensables),
- les nutriments et la manière de les associer à la nourriture courante,
- comment gérer les pertes en oligo-éléments et, en particulier, la dépense importante de fer,
- la nécessité de prendre certains constituants ensemble pour une efficacité maximale (par exemple prendre de la vitamine C en même temps que du fer pour mieux assimiler ce dernier).
- Et avec les enfants…
1- Les vélos pour enfants n’existent pas. Il y en a quelques-uns pour des jeunes.
A ma connaissance, seuls ADHR (fabrication française arrêtée) et TopEnd (américain) ont prévu des vélos manuels pour des jeunes de 10 à 16 ans (ou 12 à 18 selon leur développement physique).
2- Aux risques étudiés ci-dessus, se rajoute l’inadaptation en poids du vélo et en positionnement des accessoires (potence comprise!). Du fait de son handicap, un jeune handicapé aura moins de facilité à prendre un vélo manuel d’adulte qu’un jeune valide qui prend le vélo de papa et qui pédale en danseuse à travers le cadre.
3- Les vélos à guidage par le corps sont moins mal adaptés que les autres.
4- Notons que, pour les balades, les handi-cycles sont souvent plus adaptés, car ils peuvent s’accrocher au fauteuil de l’handicapé et l’ensemble correspond mieux à la morphologie de l’adolescent.
Quelques aspects médicaux en cyclisme manuel
Risques existants (suite 3)
- Quelques notions générales pour terminer
1- Le risque de chute :
D’abord il faut noter que les vélos manuels utilisés à ce jour sont des tricycles, et que tout tricycle présente un risque plus grand en cas de chute qu’un cycle à 2 roues puisque ce dernier se couche sur le côté la plupart du temps, transformant la chute en glissade, alors que le cycle à 3 roues bascule sur le côté, transformant la chute en tonneau et faisant heurter le sol en premier lieu par la tête et l’épaule puisque le reste du corps est protégé au début de la chute par le cadre du vélo.
Ensuite il faut savoir que ces chutes concernent au minimum le tiers des cyclistes manuels actuels et que certains d’entre eux ont « eu droit » à plusieurs chutes ! Le nombre recensé est sans doute au dessous de la réalité, car seuls quelques uns s’en font gloire (une manière d’exprimer la chance de s’en être sorti avec plus de peur que de mal), les autres « oublient » la chute, l’origine venant souvent d’une faute de leur part (inattention et même inconscience).
2- Les gaz d’échappement des véhicules qui nous doublent : Sur un vélo 2 roues on respire ces gaz pendant 100 mètres environ après le passage d’une voiture, 300 après celui d’un camion. En vélo manuel, on est plus bas (encore plus qu’avec un vélo couché), aussi les distances passent elles respectivement à 250 et 500 mètres ! Si le cycliste est en plein effort (montée de côte par exemple), on conçoit bien le danger que représente ce phénomène !
3- Les paraplégiques et les 2 types de vélo manuel :
Premier constat, ces handicapés préfèrent les vélos à guidage par la potence. Il y a sans doute plusieurs raisons à cela, mais, à travers leurs remarques, on peut considérer que la sensation d’instabilité des vélos à guidage par le corps est la raison la plus profonde. En effet, le type de vélo à guidage par le corps demande des notions d’équilibre assez semblables à celles que l’on développe avec un vélo 2 roues, bien qu’ici le risque de basculement total n’existe pas puisque ce sont des tricycles. Il faut noter cependant que des tétraplégiques apprécient ce type de vélo manuel, une fois qu’ils ont dominé le basculement de l’engin, seul moyen de faire virer le vélo. En échange de cet apprentissage, ces tétraplégiques y trouvent le grand avantage de voir leurs forces restantes du haut (buste et bras) utilisées exclusivement à la propulsion. Aussi peut on s’étonner des réticences des paraplégiques. Sans doute le fait de pouvoir se servir du buste pour à la fois propulser et diriger l’engin évite à ces derniers de lutter contre la difficulté à situer leur corps dans l’espace (par manque de sensations de type kinesthésique).
Deuxième constat, ces mêmes handicapés recherchent les positions les plus allongées pour, disent ils, aller plus vite (meilleure pénétration dans l’air). Ne serait ce pas en réalité pour se sentir encore plus stable ? De plus ces positions amènent à faire des mouvements plus proches des poussées d’haltérophilie (travail en résistance) que des pédalages avec appui constant (travail en endurance).
Il est intéressant de constater que les noms donnés à ces vélos ne sont pas si éloignés des notions évoquées ci dessus :
- le vélo à guidage par la potence n’est qu’un handi-cycle monobloc (cycle pour handicapé, nom donné au système de propulsion, constitué d’un pédalier entraînant une roue, qu’on accroche sur le devant d’un fauteuil roulant);
- le vélo à guidage par le corps (handcycle, cycle à main ou manuel) est bien un vélo à propulsion avec les mains en lieu et place des pieds. Que le cycliste soit valide ou handicapé, ce vélo offre des sensations très semblables au vélo classique, ce que ressentent bien les valides qui l’ont essayé.
4- Les positions du cycliste manuel et les évolutions de matériel proposées
Première remarque : Au cours de la présentation des risques liés à la pratique de ces vélos manuels, j’ai fait des propositions d’améliorations soit du matériel lui même, soit des positions du cycliste. Il est bien entendu que ces suggestions sont faites dans l’optique d’une pratique en loisir, puisqu’il est connu que la compétition, et encore plus le haut niveau, pousse à faire des choix a priori peu recommandés et qui n’ont de sens qu’avec un contexte et des entraînements spécifiques, ces derniers n’existant pas en loisir.
L’exemple typique est la position allongée du cycliste manuel puisqu’avec un entraînement adéquat on obtient une vitesse maximale, alors qu’en promenade ou avec de bonnes côtes c’est la galère.
Deuxième remarque : Il faut constater que les anomalies, et plus encore les erreurs de conception, à l’origine des risques détaillés dans ce document, ne sont le fait ni du cyclisme ni du vélo. Ces anomalies et erreurs viennent simplement des choix faits pendant la conception de ces vélos manuels. Ce qui est regrettable, c’est que ces défauts, préjudiciables surtout aux paraplégiques, se retrouvent la plupart du temps sur des vélos créés par des paraplégiques, qu’ils soient concepteurs ou « expert » auprès du concepteur.
Quelques aspects médicaux en cyclisme manuel
Intérêts de cette pratique
Outre l’aspect ludique et l’immense joie de retrouver d’anciennes sensations qu’on ne croyait plus jamais ressentir, la pratique du vélo manuel présente de nombreux avantages sur le plan musculaire, viscéral, et mental qu’il est bon de relever.
Au niveau rééducation :
- Bien évidemment il y a le côté musculation du buste et surtout des bras qui, en se développant, offrent de nouvelles possibilités en dehors du vélo pour les transferts, le déplacement du fauteuil roulant, le passage d’obstacles, etc.; ce travail est plus attractif et donne de meilleures réussites que les heures en salle de gymnastique.
- Il y a aussi l’obligation d’apprendre à dominer sa respiration, ce qui est utile à bien des titres (en cas d’efforts prolongés dans la vie courante, pendant des périodes de douleur, etc.).
- Les personnes atteintes au niveau médullaire constatent le « travail » des muscles abdominaux et dorsaux qu’elles ne commandent plus et qui sont déclenchés par les mouvements du buste. Cela ne peut être que bénéfique pour les viscères.
- Plutôt que de zigzaguer sur place, l’envie de rouler avec le vélo manuel pousse certaines personnes à « se dépasser » comme cette jeune fille hémiplégique qui n’arrivait jamais à faire travailler son bras droit, même en rééducation (sic!), et que nous n’avons emmenée sur les routes qu’à la condition que ses 2 mains soient sur le pédalier (ne fut ce que pour accéder aux freins)… ce qu’elle a réussi en quelques minutes : son bras handicapé recommençait à travailler.
- On constate aussi que la plupart des sports FFH proposés sont des sports de résistance, alors que le vélo manuel qui est du cyclisme est un sport d’endurance. A condition d’avoir un bon encadrement, la pratique de ce sport est un énorme atout sur le plan physique.
- Comme tout sport, le cyclisme manuel développe la coordination des mouvements, même quand ils se font en force, et l’anticipation face à des incidents de parcours, d’autant plus que la vitesse est grande.
Au niveau psychologique :
- Si le fauteuil roulant a libéré la personne handicapée de son appartement, le vélo manuel, lui, permet à cette personne de se libérer de la ville pour faire des balades « comme les autres » en famille ou entre copains, du tour du village à la randonnée cyclosportive avec mille mètres de dénivelé.
- Le vélo manuel, même utilisé dans un cadre restreint, permet de se libérer de son handicap et surtout de faire les efforts nécessaires pour réussir cette libération, toute temporaire qu’elle soit (voir les cas précédemment cités).
Futures évolutions
Des évolutions extrêmement importantes sont prévisibles… qui changeront la structure et les possibilités de ces vélos manuels… et ceci amlgré une très forte réticence d’un bon nombre de cyclistes manuels qui sont la plupart du temps des paraplégiques. Pour une fois, ce ne sont pas les innovations qui nous manquent, mais c’est l’ouverture d’esprit des cyclistes potentiels qui fait défaut !
Plusieurs risques parmi les plus importants seront éliminés par les évolutions suivantes :
- D’abord on passera du tricycle au classique 2 roues. Des prototypes existent : d’origine américaine, puis hollandaise (?), ils sont maintenant allemands.
- Ensuite on acceptera la propulsion simultanée bras et jambes quand cela est possible (comme avec le vélo anglais Quadpad).
- Enfin au niveau des bras on se servira d’un pédalage asynchrone (les manivelles sont en opposition sur la potence) plutôt que du pédalage synchrone initial qui présente des inconvénients (rythme respiratoire perturbé, fatigabilité plus rapide).
Guy Genin Juin 2002
Révision mars 2003
Quelques aspects médicaux en cyclisme manuel
Récapitulatif des diapositives
Matériel:
M1 Vélo manuel à guidage par la potence
M2 Vélo manuel à guidage par le corps
M3 Chute en vélo manuel
M4 Forme surbaissée du vélo manuel type 2001
(M5) Position inhabituelle d’un vélo manuel allemand
(M6) Coque de maintien pour un moignon de fémur (vélo à 2 ou 3 roues)
M7 Orthèse pour maintien de main handicapée
(M8) Commande de dérailleur par le pied
Risques :
R1 Jambes attachées sur la roue avant directrice bloquant la direction !
R2 Jambes attachées sur la roue avant directrice, mais indépendantes de la direction
R3 Risque de pied dans les rayons
R4 Passage des manivelles et difficulté de tendre les jambes
R5 Poignée ergonomique (paume centrée sur l’axe de la pédale dans toutes les positions)
R6 Poignée pour préhension manuelle difficile
R7 Poignée en cornes de buffle
(R8) Difficulté pour passer les vitesses avec les manettes au guidon
R9 Vélo manuel style vélo couché
R10 Position anormale du buste
R11 Bascule du buste pendant le pédalage (il frôle le pédalier)